Libre Pensée et mouvement ouvrier international : L’IRELP à Berlin

|

Vendredi 10 juillet s’est tenue à Berlin une rencontre publique de grande qualité, à l’initiative du HVD, la Fédération Humaniste Allemande (Humanistischer Verband Deutschlands – Bundesverband), dans les locaux de la « Maison de l’Humanisme » à Berlin-Schöneberg. Organisée par Olaf Schlunke, coordinateur du pôle archivistique et historiographique du HVD, la soirée était consacrée à la figure de Max Sievers et a fait la part belle aux deux ouvrages que l’IRELP lui a récemment consacrés : la nouvelle édition allemande de Que veut la Libre Pensée ? (1930), assurée par P.-Y. Modicom et V. Mueller, et le recueil Libre Pensée, socialisme, démocratie coordonné par P.-Y. Modicom et qui porte pour la première fois des textes de Sievers à la connaissance d’un public français.

Grâce au généreux travail du HVD, des textes de Sievers introuvables ont été transmis à l’IRELP, ce qui permet d’envisager une nouvelle étape du travail sur cette figure importante, notamment sur ses années d’exilé, organisateur de la résistance extérieure au nazisme. Cela a également été l’occasion d’écouter l’unique enregistrement de la voix de Sievers, une allocution prononcée lors de la toute première émission libre-penseuse diffusée à la radio allemande en 1930, restaurée par le HVD.

La lecture de textes choisis a permis à la trentaine de personnes présentes dans l’assistance de se familiariser avec cette page de l’histoire ouvrière allemande. Le HVD étant le continuateur légal de la section berlinoise de la Fédération allemande de la Libre Pensée fondée par Sievers, la discussion sur les positionnements stratégiques de celle-ci sous la République de Weimar a pris une résonance particulière dans un contexte de montée de l’extrême-droite en France comme en Allemagne. La discussion a aussi permis de revenir sur la stratégie de déstabilisation de la Libre Pensée par le KPD entre 1926 et 1929. L’hagiographie n’ayant pas sa place à la Libre Pensée, les tâtonnements tactiques et l’isolement progressif de Sievers en exil ont été évoqués, mais aussi la construction d’une légende concernant les débuts de la caisse crématiste libre-penseuse à partir de laquelle Sievers devait construire une organisation libre-penseuse de masse (600 000 membres à son apogée). Manfred Isemeyer, figure de la vie associative laïque allemande et historien du HVD et de la Libre Pensée, a notamment souligné que cette caisse n’était pas une création du SPD comme on l’a laissé dire, mais l’initiative d’un groupe de libres-penseurs dont le projet initiale était de réorganiser les prestations crématistes pré-existantes en toute indépendance vis-à-vis des différentes factions philosophiques qui coexistaient déjà dans le mouvement laïque allemand à l’époque. Enfin, la soirée s’est terminée par un appel à la vigilance, puisque la concession funéraire accordée par la ville de Berlin aux cendres de Sievers, assassiné par les nazis, n’est pas perpétuelle : à intervalles réguliers, elle est remise en jeu et ne se justifiera que par la défense et illustration du combat laïque socialiste pour l’émancipation intégrale.

Les organisations ayant contribué au succès de cette soirée seront représentées en août au congrès humaniste mondial à Ottawa. Ce sera l’occasion de poursuivre le travail de mise en réseau des centres historiographiques libres-penseurs et humanistes. Le combat pour la liberté de conscience est depuis toujours un combat universel prenant des formes nationales : son histoire ne peut que s’écrire dans plusieurs langues, entre humanistes et laïques de tous les pays.

Pour vous procurer « Libre Pensée, démocratie, socialisme » Textes choisis de Max Sievers, cliquer ici

Mis à jour la dernière fois le 16 juillet 2026 par JEAN-LOUIS BAGAULT